287 000 $ pour Ras Rmal, Sentinelle fragile de la Méditerranée
Par-delà les cartes postales et les eaux peu profondes aux reflets d’argent, Ras Rmal, le Cap des Sables, l’île des Flamants Roses incarne aujourd’hui l’un des combats les plus décisifs de la Méditerranée sud : celui de la survie des écosystèmes marins face à la pression humaine, climatique et économique.
Le 22 décembre 2025 marque une étape majeure pour la biodiversité marine tunisienne. Un accord de financement inédit, étalé sur cinq ans, vient d’être signé entre l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (APAL), l’ONG djerbienne AJEM (Association Jlij pour l’Environnement Marin) et le fonds environnemental international The MedFund.
Montant mobilisé : 287 000 dollars américains.
Objectif : assurer la cogestion durable de la Zone de Protection Marine (ZPM) de Djerba Ras Rmal, la sixième officiellement reconnue en Tunisie.
Mais derrière les chiffres, c’est un enjeu bien plus vaste qui se joue.
Ras Rmal : un écosystème en perpétuelle métamorphose
Située sur la côte nord de Djerba, Ras Rmal n’est pas un littoral figé. C’est une flèche dunaire vivante, mouvante, façonnée par les vents, les marées et les saisons. Elle agit comme un rempart naturel, protégeant une zone lagunaire d’une richesse biologique exceptionnelle, composée de vasières émergentes à marée basse, véritables nurseries pour poissons, crustacés et oiseaux migrateurs.
Ce site fait partie d’une vingtaine de zones sensibles identifiées dès 1995 par le Programme national de gestion des zones sensibles du ministère tunisien de l’Environnement. Une reconnaissance ancienne, mais longtemps restée symbolique, faute de moyens durables.
Une zone protégée sous pression
Ras Rmal concentre tous les paradoxes du littoral méditerranéen :
- Pression touristique croissante, souvent saisonnière mais intense
- Exploitation halieutique traditionnelle, vitale pour les communautés locales
- Changements climatiques, avec l’érosion côtière et la montée du niveau de la mer
- Urbanisation diffuse et usages non régulés
- Fragilité extrême des habitats, notamment pour les oiseaux migrateurs et les herbiers marins
Protéger Ras Rmal ne signifie pas l’exclure de l’activité humaine, mais réinventer la relation entre l’homme et son environnement.
La cogestion : un changement de paradigme
C’est là que réside la force de cet accord. Le financement, soutenu par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), ne se limite pas à la surveillance ou à la réglementation. Il mise sur une approche plus ambitieuse :
- Renforcement de la gouvernance locale
- Cogestion avec les acteurs du territoire
- Suivi scientifique continu
- Engagement des communautés locales
- Promotion de l’égalité des genres dans les métiers liés à l’environnement
- Développement d’activités économiques durables, compatibles avec la conservation
Cette vision reconnaît une vérité essentielle : aucune aire marine protégée ne survit sans l’adhésion de ceux qui en vivent.
AJEM : le rôle clé de l’expertise locale
Basée à Djerba, l’Association Jlij pour l’Environnement Marin (AJEM) n’est pas un acteur parachuté. Elle connaît le terrain, les usages, les tensions et les savoirs locaux.
Son implication garantit que la protection ne sera ni abstraite ni imposée, mais ancrée dans la réalité sociale et culturelle de l’île.
À Ras Rmal, la conservation devient ainsi un projet collectif, et non une contrainte administrative.
The MedFund : la Méditerranée comme patrimoine commun
Installé à Monaco, The MedFund est aujourd’hui l’un des rares fonds fiduciaires entièrement dédiés au financement des aires marines protégées en Méditerranée.
Son soutien à Ras Rmal inscrit Djerba dans une dynamique régionale, reliant la Tunisie aux grands enjeux méditerranéens : perte de biodiversité, artificialisation des côtes, résilience des écosystèmes marins.
Dans une mer considérée comme l’une des plus menacées au monde, chaque zone protégée devient une ligne de défense écologique.
Ras Rmal, laboratoire d’avenir pour Djerba
Au-delà de la protection d’un site, Ras Rmal pourrait devenir :
- un modèle de gestion intégrée pour d’autres zones sensibles tunisiennes
- un outil pédagogique pour sensibiliser habitants et visiteurs
- un levier d’écotourisme responsable, respectueux des équilibres naturels
- un signal fort : celui d’une île qui choisit de protéger son capital naturel
Car préserver Ras Rmal, c’est préserver l’identité même de Djerba, île entre terre et mer, traditions et modernité.
