Schengen : vers des visas de 10 ans pour les voyageurs Bona Fide
Le 29 janvier 2026, la Commission européenne a posé un jalon majeur : elle a adopté sa toute première stratégie globale en matière de visas. Avec ce texte, Bruxelles ne se contente pas d’ajuster un règlement ; elle redessine l’architecture même de la mobilité vers l’Espace Schengen.
Jusqu’ici, le Code des visas plafonnait la validité des visas à entrées multiples à cinq ans pour des séjours de 90 jours sur 180. Désormais, la Commission annonce clairement son intention : réviser le Code en 2026 afin d’autoriser, pour certains profils, des visas pouvant atteindre dix ans.
LE PARI DU VISA DÉCENNAL
D’abord, Bruxelles cible un public précis. Elle veut accorder ces visas longue durée aux voyageurs dits “bona fide”, ou, pour reprendre notre expression maison, les profils “Bonne à Fede”. Autrement dit, des demandeurs dont l’historique inspire confiance.
Ensuite, elle identifie des catégories concrètes :
- voyageurs fréquents au parcours migratoire irréprochable ;
- cadres et dirigeants amenés à multiplier les déplacements ;
- chercheurs et talents stratégiques ;
- professionnels présents régulièrement à des salons, congrès ou rendez-vous économiques.
Pourquoi ce choix ? Parce que l’Union cherche à renforcer sa compétitivité. Face aux États-Unis ou au Royaume-Uni, qui proposent déjà des visas longue durée, l’Europe entend attirer, fidéliser et simplifier.
LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE, PILIER CENTRAL
Cependant, Bruxelles ne dissocie jamais souplesse et contrôle. En parallèle de cette extension à dix ans, elle accélère la numérisation intégrale des procédures.
Concrètement, le visa autocollant disparaîtra progressivement. À la place, les autorités lieront le visa directement et numériquement au passeport du voyageur. De plus, une plateforme européenne centralisée permettra aux candidats de déposer leur dossier en ligne, sans multiplier les intermédiaires.
Ainsi, l’Union réduit la charge administrative des consulats tout en renforçant la traçabilité des données. Elle modernise l’outil, mais elle garde la main.
EES ET ETIAS : LA CONTREPARTIE SÉCURITAIRE
Par ailleurs, l’Europe déploie simultanément de nouveaux systèmes de contrôle. Dès avril 2026, l’Entry/Exit System (EES) enregistrera chaque entrée et sortie aux frontières extérieures. Le système captera empreintes et photographies, puis calculera automatiquement la durée de séjour autorisée. Par conséquent, il éliminera toute approximation liée aux tampons manuels.
Ensuite, d’ici fin 2026, l’ETIAS entrera en vigueur pour les ressortissants exemptés de visa. Cette autorisation électronique, valable trois ans, renforcera le filtrage en amont.
CE QUI CHANGE… ET CE QUI RESTE EN DÉBAT
Il faut néanmoins rester rigoureux : la stratégie adoptée le 29 janvier 2026 ne modifie pas encore la loi. La Commission propose, or le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne devront examiner puis adopter les textes correspondants.
Pour l’instant, les consulats continuent donc d’appliquer la limite de cinq ans. Toutefois, le signal politique ne laisse guère place au doute : Bruxelles veut récompenser la fiabilité et fluidifier la mobilité économique.
UNE EUROPE PLUS STRATÉGIQUE QUE PERMISSIVE
Au fond, l’Union ne promet pas un laissez-passer généralisé. Elle sélectionne, elle qualifie, elle hiérarchise. Elle distingue le voyageur occasionnel du profil “Bonne à Fede”, celui qui respecte scrupuleusement les règles et multiplie les déplacements légitimes.
En définitive, le visa de dix ans ne constitue pas une faveur ; il devient un instrument stratégique. Il récompense la constance, il soutient les échanges économiques et il consolide l’attractivité européenne.
Bruxelles avance prudemment, mais elle avance. Et pour les voyageurs exemplaires, l’horizon s’allonge déjà.
